Jeudi 31 mai 2012 4 31 /05 /Mai /2012 16:20

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© Inconnu. R98 Clemenceau et R99 Foch.

 

C'est grâce à l'ouvrage de Jean Moulin, "Clemenceau et Foch" (chez Marines Editions), qu'il est possible d'avoir une description précise de la gestion des deux équipages des deux anciens ponts plats (aux pages 210 et 217).

Une instruction du 11 octobre 1973 officialise les rotations des équipages à bord des porte-avions. C'est l'instruction du 2 janvier 1974 qui précise ces cycles.

 

Pour l'état-major de la Marine, il s'agissait de tenir compte de la permanence à la mer du groupe aéronaval avec deux navires. C'est-à-dire que, en permanence, l'un des deux porte-avions est à la mer, tandis que l'autre est soit en entretien, en refonte et à l'entraînement. Sans oublier le "détail" que l'équipage d'un navire qui revient d'une mission de 4 à 8 mois a besoin de se reposer (sauf si l'on est nostalgique des mutineries ou demandeur d'équipages qui désertent l'institution). Tout ceci limite drastiquement les périodes où les deux porte-avions sont à la mer, et aptent à partir pour un déploiment complet.

En outre, monsieur Jean Moulin ajoute à la page 217 de son ouvrage un tableau qui récapitule les passages PA1/PA2 entre les deux navires. De 1972 à 1993 il y en a eu 21 dont 10 pour IPER (PEI et IE), deux pour avaries et trois pour mondernisation.

 

Il n'est donc pas impératif d'avoir deux équipages au grand complet afin d'assurer la conduite des deux navires... L'objectif opérationnel est d'avoir un porte-avions à la mer. La disposition de deux équipages complets avec deux groupes aériens embarqués auraient été un effort disproportionné par rapport au gain espéré. Ce faisant, cela aurait-il était vraiment utile d'user plus vite le potentiel de navire dont on n'est pas assuré de leur remplacement ?

 

C'est pourquoi la première instruction précitée prévoit deux armements différents des Clemenceau et Foch :

  • l'armement PA 1 correspond à l'effectif armé paix normal.
  • l'armement PA2 correspond à un effectif armé paix spécial pour mission porte-hélicoptères en conservant des capacités de mise en oeuvre d'aéronefs à voilure fixe avec une catapulte utilisable.

Cela se traduit dans les faits par l'existence d'un équipage propre et permanent à chaque navire qui est de 984 personnes. Cet équipage là est l'armement PA2. L'équipage de complément (PA COMPL) est systématiquement affecté au PA1 et se compose théoriquement de 354 personnes. C'est ce dernier qui, quand il est à bord d'un des deux navires, permet de facto qu'il soit PA1. L'équipe complet (et théorique) se monte à 1338 personnes, hors groupe aérien.


Notons que trois passages d'équipages ont eu lieu hors de la métropole : au large des Orcades (12 juin 1972), en mer Rouge (14 juin 1977) et la dernière fois au large du Liban (10 octobre 1983).  Un passage d'équipages nécessite trois jours nous dit l'auteur de l'ouvrage. L'intérêt des hélicoptères lourds (15 à 20 tonnes) et des avions de transport catapultables (C-2 Greyhound) ou convertibles (V-22 Osprey), c'est qu'ils peuvent ou pourraient réaliser un tel changement d'équipages en pleine mer.

 

L'intérêt de la manoeuvre, outre d'ajuster le besoin en hommes au strict besoin, permet de réduire significativement le nombre de spécialistes aviation (installations d'aviation, armement) puisque l'objectif de l'armement du PA2 n'est que de mettre en oeuvre une catapulte et des hélicoptères.
Néanmoins, pendant la guerre en Libye de 2011, le Charles de Gaulle a souffert d'une ressource en spécialistes aviation trop faible. Le navire n'a qu'un seul équipage (car il n'y a qu'un seul porte-avions) ce qui fait que quand il a fallu enchaîner avec cette guerre après la mission Agapanthe, la réserve humaine était trop faible. Ce qui oblige à observer qu'il doit être très difficile pour l'état-major de jongler avec les contraintes budgétaires et permettre de parer aux imprévus.

 

Cette visite des pratiques passées et révolues permet d'imaginer un éventuel futur (tout est éventuel tant que rien ne flotte, ni n'est armé). Par exemple :

  • le Charles de Gaulle est armé par un équipage de 1950 hommes, dont 1260 sont affectés à la conduite du navire (la différence, 690 hommes, constitue les personnels du groupe aérien embarqué). Si l'on tient compte des chiffres des Foch et Clemenceau, alors sur ces deux porte-avions l'équipage de complément représentait 26,5% de l'équipage total du navire. S'il s'agissait de la même proportion à bord de l'actuel porte-avions nucléaire, alors son équipage de complément serait de 334 personnes (ce qui donne l'équipage PA2 à 926 hommes).
  • Le PA2 à propulsion nucléaire (c'est plus simple à gérer qu'une seconde unité à propulsion conventionnelle) serait armé par un équipage de 900 hommes pour la conduite du bâtiment. Mais l'équipage total serait de l'ordre de 1690 personnes (soit 110 de moins que sur le Charles de Gaulle).

 Tout ceci, et malgré les grossières erreurs de calcul (peu importe en réalité) reviendrait à dire que si le second porte-avions était mis en chantier, alors l'équipage qui devrait lui être affecté représenterait environ 900 hommes (et femmes).

 

Si jamais le second porte-avions était mis en chantier, alors il ne serait pas question de 2000 ou 1500 hommes, mais de 900 hommes nécessaires à son armement. Et à glisser dans le budget de la Marine nationale, alors que les effectifs baissent continuellement depuis l'arpès-guerre, c'est beaucoup plus simple. Mais cela supposerait une baisse dans les suppressions de postes (qui se produit dans d'autres ministères).

 

Qui plus est, la nouvelle génération de navires nécessite souvent deux à trois fois moins d'hommes d'équipage que la précédente (une FREMM ASM nécessite 108 personnes contre 235 sur une F70 ASM). Le "solde" générationnel pourrait être reversé à la marine afin qu'elle puisse armer les nouveaux navires.

 

Par Le marquis de Seignelay - Publié dans : Guerre Aéronavale - Communauté : Défense
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Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 12:50

http://ultimatemangas.unblog.fr/files/2007/06/republiccommandoa1600x12001.jpg

© Star Wars Republic Commando. Soldats ARC (Advanced Recon Commando).

 

L’arrivée du système FELIN (Fantassin à Equipements et Liaisons INtégrées) a pu laisser certains évoquer l’expression d’ « hoplite numérique« . Alors que le système est actuellement essayé en Afghanistan, et qu’il le sera certainement sous d’autres cieux, d’autres innovations permettent d’envisager des évolutions encore plus radicales. Si l’introduction de ce système peut être comparé à l’apparition de la radio dans Cavalerie blindée, il faudrait peut être voir encore plus loin, et imaginer une recréation de la phalange macédonnienne…

 

La phalange macédonienne


C'est le père d'Alexandre le Grand -Philippe de Macédoine- qui conçoit une nouvelle unité offensive. La phalange se compose de 256 fantassins lourds qui sont disposés sur 16 rangs. Les soldats du premier rang sont armés d'une sarisse (une lance de 4 à 7 mètres). Ceux des rangs suivants appuient leurs sarisses contre l'épaule du camarade qui précède. Cette force ne pénètre pas de front, mais en oblique dans la masse adverse.

 

La force de pénétration de cette masse, hérissée de lances et protégées par des boucliers, n'avait pas encore trouvé de parade chez les adversaires du père du grand conquérant macédonien. Philippe de Macédoine devra même, pour une grande partie, sa victoire sur les Grecs à Chéronée en 338 (avant Jésus Christ) grâce à cette unité.

 

Alexandre le Grand utilisera lui aussi la création de son père. La phalange macédonienne était suffisamment à craindre pour que l'adversaire d'un jour du grand macédonien, Darius III, en préparant le terrain de la bataille de Gaugamèles (octobre 331 avant Jésus Christ)1, cherche des parades pour s'en prémunir. Premièrement, l'empereur perse fait araser les aspérités de la plaine où il s'attend à livrer bataille. L'objectif est de faciliter la manœuvre des 200 chars de combat qu'il souhaite y employer. Deuxièmement, il fait ériger des tiges en fer pour tenter d'entraver la manoeuvre des unités adverses redoutées.
Au jour de la bataille, Alexandre prend l'initiative et lance sa cavalerie à l'assaut de l'aile gauche de l'armée perse. Darius s'attendait à l'habituelle charge de fantassins, et elle est lancée peu après : les phalanges partent à l'assaut de cette même aile gauche, déjà entamée par la cavalerie, et en oblique, comme à leur habitude. Darius fait donner ses 200 chars de combat (des lances acérées ont été fixées aux essieux) pour tenter d'empêcher la manœuvre. Les phalangistes conservent leur sang-froid, et surtout, les équipages des chars sont criblés de flèches et de javelots. Rares sont ceux qui survivront à cette épreuve. La principale force de frappe des perses contre l'atout maître de l'armée macédonienne est assez vite neutralisée. Les tiges métalliques n'entraveront pas vraiment les mouvements de l'armée macédoniennes.

 

Le "Roi des rois" semble perdre espoir à ce moment là, et prend la fuite; alors que les perses entament dangereusement le flanc gauche macédonien. Alexandre poursuivra pendant un temps son adversaire, avant de revenir, lui et ses troupes, à la rescousse de son aile gauche menacée.

 

Alors que la bataille a vu s'affronter une forte disproportion de forces en faveur de Darius (les chiffres sont assez exagérés : un millions d'hommes pour le Perse contre 47 000 pour le Macédonien), c'est bien l'armée macédonienne qui remporte l'affrontement. Il faut peut être voir la victoire d'une unité d'infanterie lourde utilisée comme force pénétrante, alliée à ce qui est nécessaire comme force pour contrer l'assaut d'une cavalerie, bien décidée à arrêter ce dispositif. Il y aurait cette nécessité d'avoir un couple infanterie lourde/forces de contre-cavalerie.

 

La phalange macédonienne peut elle être recréée ? Non, bien entendu, il n'est pas envisageable de recréer une unité antique pour la guerre moderne. Mais il est peut être imaginable de tenter de s'inspirer de l'essence de cette unité dans l'optique de proposer une infanterie lourde au pouvoir pénétrant similaire. Celle-ci aurait pour mission de pouvoir s'aventurer dans des zones où il est très difficile, aussi bien sur le plan militaire que politique, d'envoyer des soldats.

 

Nouvelles protections pour de nouvelles phalanges macédoniennes


En matière de protection, il y a eu ces dernières années des avancées ou des annonces d'avancées prochaines très intéressantes. C'est en matière de protection passive qu'il est possible de s'intéresser à l'armure liquide, aux tuiles du système Adaptativ qui permettent aussi bien un camouflage IR qu'une certaine discrétion radar et au camouflage optique.

 

Les dernières avancées en matière de protection corporelle laissent entrevoir de fabuleuses possibilités. Par exemple, il y a cette création par des scientifiques britanniques d'une "armure liquide"2. Le principe de la chose est relativement simple : quand un choc atteint ce liquide, les molécules de ce dernier renforcent leurs liaisons dans la zone d'impact. Cela a pour conséquence de renforcer l'épaisseur et la résistance du liquide dans cette zone. Actuellement, il n'est pas envisagé de concevoir des gilets pare-balles uniquement constitués de ce liquide, mais plutôt de coupler une couche contenant ledit liquide avec 10 autres couches de Kevlar. L'ensemble serait moins lourd qu'un gilet classique à 31 couches de Kevlar, et serait tout aussi résistant.

 

http://farm7.staticflickr.com/6192/6115905348_08bbfa9321_z.jpg© Inconnu. CV90-120 portant le système Adaptativ.

 

La FMV (équivalent suédois de la DGA) lançait un programme en 1995 pour développer une protection multispectrale (aussi bien infrarouge (IR) que radar) afin de rendre "invisible" un système d'armes. C'est au cours du salon DSEi que BAE Systems Hägglunds (fin 2011)3 rendait public les premiers résultats de ce programme. Les premières expérimentations semblent avoir été menées sur un char CV90-120 (détoureller pour les démonstrations).
Le principe est relativement simple : des caméras analysent en permanence l'environnement infrarouge dans lequel évolue le véhicule. Des tuiles hexagonales recouvrent les flancs du char (1500 sont nécessaires pour recouvrir les flancs du CV90). Ces tuiles sont thermoréactives : grâce à l'énergie électrique produite par le blindé, elles peuvent autant descendre à des températures négatives que monter à 60°. Le temps de latence nécessaire pour que les tuiles s'adaptent aux demandes de l'ordinateur serait inférieur à 10 secondes (selon l'importance de la variation de température demandée, moins l'amplitude est grande, plus le délai est court). Grâce aux variations de température des tuiles, le char peut presque disparaître de l'œil d'une caméra infrarouge. En outre, ces tuiles ont des propriétés RAM, ce qui tendrait à conférer une certaine discrétion au char face au radar -le concept de furtivité serait peut être trop fort pour cette création.

 

Au demeurant, ce système a été conçu dans l'objectif d'une utilisation opérationnelle : son coût serait inférieur de plus de 50% à celui du véhicule équipé, il doit pouvoir résister au champ de bataille (poussière, boue, etc...), serait d'un remplacement et d'un entretien "facile" et compatible avec les caractéristiques électriques des véhicules.

 

Enfin, il y a les débuts du camouflage optique4. "Le professeur Tomoshiro OCHIAI de l'Université Préfectorale de Toyama a présenté un modèle théorique d'une "cape d'invisibilité", pour laquelle une onde électromagnétique ne subirait aucune réflexion ou retard de phase après l'avoir traversée".
"Ce projet a été réalisé par le professeur OCHIAI du département des systèmes d'information de la faculté d'ingénierie de l'Université de Toyama, en collaboration avec deux autres chercheurs de l'Université de St-Andrews en Ecosse, et de l'Université du Futur de Hakodate".
"La "cape d'invisibilité" proposée est en réalité un objet de forme cylindrique qui possède la propriété de contourner autour de son axe, les ondes planes pour une longueur d'onde donnée. Le front d'onde redirigé autour de l'axe retrouve la forme d'une onde plane à la sortie, l'amplitude et la phase étant conservées. Ainsi, pour une longueur d'onde donnée, aucune réfraction ou retard de phase n'est provoqué, permettant ainsi de visualiser le paysage se situant de l'autre côté de la "cape d'invisibilité".
"Cette "cape" est composée de 4 milieux d'indices de réfraction différents, en plus de l'air ambiant qui l'entoure, avec une disposition de manière à ce que le carré de l'indice augmente en direction de l'axe. Lorsque de la lumière est projetée de loin sur la "cape", elle commence à osciller grandement à partir d'une distance égale à 3 fois le rayon, et traverse les différentes interfaces. Au centre de la "cape", quel que soit l'angle d'incidence du rayon, aucune lumière ne pénètre. C'est pourquoi un objet placé au centre de cette "cape" ne sera pas visible de loin. Le rayon de cette zone "invisible" dépend de la distribution des indices et de sa valeur maximale".
"Les recherches sur la réalisation d'une "cape d'invisibilité" ont connu un essor depuis 2006. Il existe des hypothèses de développement employant les micro-ondes par exemple. Cependant, toutes ces recherches employaient des matériaux à indices de réfraction positifs, nécessitant alors des corps biréfringents, c'est à dire présentant des indices de réfraction différents selon l'angle d'incidence du front d'onde. L'utilisation du "métamatériau" permet de contourner cette limite mathématique, et il ne "suffit " alors que de produire ce métamatériau pour obtenir une "cape d'invisibilité".

 

Il y a actuellement des avancées suffisantes pour tendre à développer une solution d'invisibilité multispectrale : c'est-à-dire dans toutes les longueurs d'ondes (optique, infrarouge et ondes radars). La gageure résiderait dans la possibilité de réunir ces trois solutions en une seule cape, en un seul ensemble de tuiles.

 

Mais si en plus, il était possible de regrouper ces techniques de camouflage dans ces différents spectres, et d'allier le tout à l'armure liquide, alors il serait envisageable de constituer une sorte d'armure, notamment pour fantassin.

 

Porter l'armure


Cette cuirasse constituerait un poids important pour son porteur, presque apte à annihiler toute idée de manœuvre, ou toute ambition de se mouvoir. C'est pourquoi il convient de s'intéresser aux dernières avancées en matière d'exosquelette. La réalisation française, l'Hercule5, ambitionne de permettre à son porteur de transporter des charges de 80 à 100kg alors que le poids de l'exosquelette est donné pour 25kg. L'autonomie est encore assez faible : 20km de marche à une allure de 4 km/h. Enfin, cet exosquelette détecte de lui-même les mouvements du porteur et les accompagne.

 

Si jamais il restait suffisamment de poids à porter grâce à l'exosquelette, alors il ne serait peut être pas inintéressant de prévoir des normes NRBC. Mais aussi que l'armure puisse contenir une certaine quantité d'eau pour soutenir le fantassin tout au long de sa progression, ce qui soulagerait pour partie la logistique.

 

L'ensemble dénommé armure pourrait être coiffé d'un casque qui concentrerait un affichage tête haute (avec la présentation des principales informations du système FELIN), la radio, et des commandes vocales, et, forcément, une certaine protection balistique.

 

Alimenter l'armure


Il demeure le problème de l'autonomie électrique. L'invisibilité multispectrale sera très certainement gourmande en énergie, et l'autonomie de l'exosquelette est bien faible sur ses seules batteries. Pour tenter d'imaginer une solution à cette question, il faut lever les yeux vers le ciel, à la manière des japonais. Le Japon ambitionnerait de construire une centrale solaire dans l'espace. La station géostationnaire profiterait de sa position dans l'Espace pour produire plus d'énergie que ne le pourrait jamais la même  puissance de panneaux solaires installée sur terre. L'énergie électrique ainsi produite serait transmise sur terre par radiofréquence (en particulier via des micro-ondes6).

 

Plus près de nous, il y a le développement des technologies permettant de recharger une batterie sans utiliser de câble. Ce procédé fonctionne, par exemple, en couplant les phénomènes de résonance et d'induction. Ainsi, l'université du Massassuchet (le MITI) a développé le WitriCity7 : une invention qui permet d'alimenter une ampoule de 60W à 2 mètres de distance; sans câble. Et la chose fonctionne depuis 2007. La norme WERL (Wireless Resonant Energy Link).

 

Il doit donc être possible d'alimenter l'armure depuis une source d'énergie environnante, mettant par exemple en œuvre la norme WERL. Les batteries de l'armure serviraient essentiellement à ce que le fantassin lourd puisse s'écarter en toute autonomie de sa source d'énergie.

 

Les blindés producteurs d'énergie électrique


Le problème de la production électrique est apparu. Dans ce registre, il convient d'observer que les blindés tendent à devenir de plus en plus des plateformes mobiles de capteurs. Leurs missions de surveillance et de dissuasion conventionnelle, avec ces capteurs, requiert une plus grande puissance électrique, et surtout, une production continue, même quand le véhicule n'est pas en mouvement.

 

Ce qui permettrait d'imaginer que les blindés de demain s'inspireront de plus en plus des motorisations des navires de combat. Ceux-ci combinent souvent deux types de motorisation différents car, par exemple, l'une consomme moins ou mieux aux basses vitesses -en régime économique- (le moteur diesel), et l'autre qui sert pour les grandes vitesses (la turbine à gaz), en plus du premier moteur. C'est le principe de la propulsion CODOG (COmbined Diesel Or Gaz) qui combine les deux moteurs. Les blindés pourraient donc eux aussi adopter demain de telles motorisations, avec un moteur servant essentiellement à la production électrique pour les phases où le char est à l'arrêt (à la manière des diesel-alternateurs) afin d'alimenter les capteurs, et un autre moteur pour que l'engin puisse se mouvoir.

 

Au passage, il ne faudrait pas non plus exclure la possibilité que le fantassin puisse emporter un certain nombre de capteurs, dans la limite de la charge utile de l'exosquelette, et que la collecte d'informations puisse être traitée soit au niveau du blindé d'accompagnement, soit à un niveau plus centralisé selon le besoin.

 

Il y aura nécessairement une dialectique énergétique entre les phalangistes et leur char d'accompagnement. D'où l'intérêt de conserver un minimum de batterie dans l'armure afin que le soldat puisse quitter l'orbite électrique du char et aller investir une zone en toute autonomie. Cela permet aussi accessoirement de pallier les éventuelles interférences qui couperaient l'alimentation électrique de l'armure.

 

Aussi, cette énergie, plus abondante pour les fantassins que ce qui peut se faire aujourd'hui, peut laisser entrevoir de nouvelles possibilités, par exemple dans les armes à énergie dirigée8.

 

La diffusion de la norme WERL, ou de celles qui vont lui succéder, à tout les blindés permettrait de tisser un réseau électrique, en plus du réseau informationnelle.

 

Le couple blindé/infanterie lourde


En outre, cela irait dans le sens de la dialectique entre les blindés d'accompagnement et l'infanterie. Comme à l'époque de la naissance du char de combat, les phalangistes pourraient accompagner ceux-ci dans leur marche en avant (grâce à des exosquelettes qui permettront une marche soutenue ?) sans craindre les risques NRBC et les éclats.

 

Les troupes débarquées seraient portées par des blindés d'un point à l'autre de la zone de responsabilité. Le ou les blindés restant à proximité pour toute forme de soutien : aussi bien armé qu'énergétique. Le soutien informationnel pourrait consister en la possibilité de conserver un certain nombre d'hommes dans les blindés pour analyser les flux d'informations parvenant de tous les capteurs et guider l'action des unités.

 

Cette forme d'engagement, basée sur le couple blindé/troupes débarquées, serait à encourager car il a été observé que les soldats de la Cavalerie sont souvent les moins chargés, par rapport à celles de l'Infanterie, car c'est le char qui supporte une grande partie des charges et des capteurs.

 

Il est aussi imaginable que l'armure puisse permettre au fantassin de porter des armes plus lourdes, voir plusieurs armes. Il serait envisageable à effectif égal de démultiplier les options tactiques. Cela supposerait que l'exosquelette puisse soutenir avec habileté les mouvements des bras.

 

Cette nouvelle phalange macédonienne, sorte d'infanterie lourde moderne, s'insérerait dans des actions de choc et de mêlée. Elle permettrait d'enfoncer certains secteurs très défendus, ou potentiellement très dangereux, comme les zones urbaines, ou bien de pouvoir investir des zones très difficilement reconnaissables, grâce à la facilité d'emporter des capteurs (par l'armure), comme les égouts.

 

En somme, il s'agit de retrouver une certaine force de pénétration dans les dispositifs adverses.

 

Néanmoins, cette proposition ne vise absolument pas à devenir un système généralisé : les macédoniens de l'Antiquité conservaient une infanterie légère.

 

 

Annexe :

1 "L'Art de la Guerre par l'exemple", Frédéric Encel, aux éditions Flammarion, page 181.

2 "Une armure liquide qui arrête les balles", Gizmodo, 4 août 2010.

3 "Adaptativ - La révolution de la protection passive ?", Philippe Langloit, Défense et Sécurité Internationale, numéro 76, décembre 2011.

4 "La cape d'invisibilité réalisée en théorie", Daphné Ogawa, Bulletins Electroniques Japon, numéro 482, 23 mai 2008.

5 "L'exosquelette Hercule, le futur à nos portes", Domitille Bertrand, Ministère de la Défense, 24 novembre 2011.

6 "Les armes à énergie dirigée : mythes ou réalité ?", Bernard Fontaine, aux éditions l'Harmattan, décembre 2011. Interview de l'auteur par Mars Attaque dans le lien.

7 "Electricité sans fil, ni batterie", Tom's Guide, 22 août 2008.

8 "Les armes à énergie dirigée : mythes ou réalité ?", Bernard Fontaine, aux éditions l'Harmattan, décembre 2011. Interview de l'auteur par Mars Attaque dans le lien.

Par Le marquis de Seignelay - Publié dans : Terrestre - Communauté : Défense
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