Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 23:05

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Crédit : inconnu. Northrop Grumman Announces $175 Million Advance Procurement Contract for Multi-Purpose Amphibious Assault Ship LHA 7.

 

C'est à travers la lecture d'une série d'articles de Proceeding qu'il va être possible de peindre une brève image de l'avenir de l'US Navy.

 

Une absence de stratégie ?

 

A travers son papier, "So Much Strategy, So Little Strategic Direction", le Commander Michael Junge (U.S. Navy) nous pose les termes du problème naval américain, sous un angle différent de l'habitude. La marine de Washington subit le court thermisme budgétaire, ce qui bride une stratégie sur le long terme, et donne peu de consistance aux différents documents stratégiques de l'US Navy, régulièrement publié depuis 25 ans.

L'auteur pointe également les difficultés pour les officiers de la marine américaine, même les plus galonnés, pour différencier la tactique de la stratégie. Ce n'est pas pour rien si le premier tome des Théories stratégiques de l'Amiral Castex débute par le distingo entre stratégie et tactique. Mais le célèbre auteur s'intéresse surtout à distinguer qui met en oeuvre la tactique, les acteurs du théâre, et la stratégie, ceux qui poussent les pions d'un théâtre à l'autre. Pour le Commander Junge, il s'agit aussi de poser la stratégie dans le long terme. D'où sa constation que l'US Navy a publié cinq documents stratégiques majeurs en 25 ans, alors que ses missions sont pratiquements inchangées depuis 50 ans.

 

Le retour en grâce de la flotte de surface

 

"The Transformation (Again!) of the Surface Navy" des Captain R. Robinson Harris (U.S. Navy (Retired), et Lieutenant Robert McFall, U.S. Navy est un papier intéressant à plus d'un tire.

Premièrement, la prose des auteurs retrace quelques grandes évolutions qui permirent à la flotte de surface (américaine) de garder sa pertinence stratégique : alors que les escorteurs étaient surtout des "anti" (AA, ASM, AN), l'apparition des missiles de croisière, le Tomahawk, dans les années 80, et la défense anti-missile balistique, aujourd'hui, ont redonné de la pertinence stratégique à ces navires.

Selon eux, la prochaine grande évolution qui touchera la flotte de surface est le canon électromagnétique, qui arriverait in fleet (notez la pointe de Molière dans l'article) dans les cinq années qui viennent. Il faudra bien plus pour mettre au point, sur le plan opérationnel, l'utilisation de canons portant, au moins à 200 km (et le ciblage ?), et en équiper un nombre suffisant de navires. La marine actuelle traverse de grandes difficultés pour sa flotte de surface puisque l'Arleigh Burke Flight III coûterait la bagatelle de 4 milliards de dollars...

Avec une portée espérée de 400km, sur le long terme, les navires de surface pourraient atteindre au moins 80% de la population mondiale, si ce n'est bien plus, puisque celle-ci est concentrée le long des littoraux. C'est le porte-avions qui va perdre de sa pertinence, pour le coup...

 

L'autre grande évolution qui touche les navires de surface, c'est la nouvelle évolution aéronavale depuis l'introduction de l'hélicoptère (grâce à la marine canadienne) : avec les drones, il est possible de confier bien des moyens d'éclaiarge et d'actions aux navires de surface... de tout tonnage, encore une fois.

In fine, les deux nouvelles évolutions de ce début du XXIe siècle, et le missile de croisière du XXe, accroissent considérablement le rayonnement stratégique et politique des surfaciers. Ces nouvelles prérogatives ne sont pas sans conséquence sur l'ancienne prédominance de certaine plateforme, comme le porte-avions. Avec des canons de marine portant jusque 400 km de portée, à terme, il s'agit bien de missions opérationnelles qui pourraient être mieux remplies par de nouveaux porte-canons, et à un coût moindre que par les actuels porte-avions.

 

La fin du super carrier ?

 

"Fortress at Sea? The Carrier Invulnerability Myth" du Commander John Patch (U.S. Navy (Retired).

L'auteur nous propose d'apprécier les vulnérabilités des porte-avions américains aux différentes menaces énoncées par lui-même :

  • mines; 
  • missiles balistiques anti-navires,
  • missiles anti-navires,
  • agression par les "nouvelles vedettes lance-torpilles", ou le danger qui venait des embarcations légères,
  • sous-marins diesel et nucléaire,
  • etc...

And, so what ? Ce que l'auteur ne précise pas, c'est que bien des menaces citées, si ce n'est toutes, peuvent toucher n'importe quel autre navire de surface... Qui plus est, il ne démontre pas une vulnérabilité au dessus de la "normale" du porte-avions américain... escorté par ses destroyers et sous-marins.

 

Le règne absolu des vaisseaux noirs ?

 

"Twilight of the $UPERfluous Carrier" du Captain Henry J. Hendrix (U.S. Navy), et Lieutenant Colonel J. Noel Williams (U.S. Marine Corps (Retired)

Ici, les auteurs affirment une chose rare : les sous-marins pourraient être la première et primordiale ligne d'attaque de l'US Navy. Non pas que ce ne soit pas déjà le cas, mais leur place pourrait être de plus en plus primordiale. In fine, cela renvoie aux affirmations de l'Amiral Daveluy qui imaginait une marine entièrement composée de sous-marins... au début du XXe siècle.

Toutefois, les orientations actuellement prises par l'US Navy tendraient à voir perdurer le SSGN. La refonte des quatre premiers SNLE de la classe Ohio est donc une expérimentation qui a donné pleinement satisfaction. Si les Virginia ne sont pas remis en cause, c'est leur coût qui gêne considérablement car ils empêchent la marine américaine de commander deux SSN par année fiscale, seuil minimum pour renouveler la sous-marinade nombre pour nombre.

Enfin, le renouveau des bases avancées pourraient plaider, comme certain le souhaitent, ardemment, pour la réintroduction de sous-marins diesel-électrique dans l'US Navy. L'amiral Rickover s'en retournera dans sa tombe, mais dans cette configuration là, le dogme nucléaire ne perdurera pas. Le sous-marin nucléaire américain était la seule option quand il était temps de projeter la puissance navale américaine à travers mers et océans. Mais si les sous-marins sont rapprochés des théâtres d'opérations, alors le critère de l'endurance perd de sa pertinence, surtout quand il ne permet pas à la marine de disposer d'une certaine masse critique pour opérer.

Le budget a eu raison du cuirassé, il en fera de même pour le super carrier

Ce qui est intéressant dans ce dernier article, c'est que les auteurs annoncent la fin partielle des "super carrier". La proposition est classique : face aux coûts de ces géants, il faut trouver une classe de porte-avions légers. Moins coûteux à l'achat et à l'utilisation, ils auront également l'avantage d'être plus nombreux.

Qui est la victime toute désignée ? Le LHA. La comparaison est devenue classique : les français font de grandes choses avec le Charles de Gaulle, et il ne déplace que 41 000 tonnes. Les autres navires prennent de l'importance, en particulier les sous-marins et les destroyers, et c'est le porte-avions qui descend de son piedestal. Surtout le porte-avions géant, et c'est le navire amphibie qui vient l'achever. Le LHA de classe America est la proposition "idéale" pour plusieurs auteurs américains qui ont pu publier dans la revue Proceeding. Il a le déplacement et les dimensions suffisantes, ainsi que des installations aéronautiques bien dimensionnées pour mettre en oeuvre un groupe aérien embarqué.


Il s'agit donc d'utiliser ces LHA en porte-avions légers, et de conserver quelques porte-avions géants. Ceux-ci auront des missions plus tournés vers la maîtrise du milieu aérospatial. Il n'est donc plus question de leur confier la lutte ASM, ou certaines missions de frappe dans la profondeur, par exemple.

 

Ce qui est intéressant, c'est que la proposition américaine, en l'occurence, affectera des marines européennes qui se retrouvent dans une situation embarassante. Prenez la Marine militare et son Cavour : le navire a coûté aux contribuables italiens la somme de 1,5 milliards d'euros. C'est un LHA. C'est à dire que ce type de navire sert à mettre à terre une force expéditionnaire par la voie des airs, et quelques éléments lourds via les bossoirs. Le Cavour déplace 27 000 tonnes pour 244 mètres de long quand... le Clemenceau déplaçait 33 000 tonnes pour 261 mètres de longueur. Ce qui est reproché au LHA italien, c'est qu'il pourrait lui aussi faire office de porte-avions léger. Ce qui gêne, ce sont ses capacités amphibies qui sont de trop, dans une marine qui compte quatre TCD de la classe San Giorgo. Il y a comme une redondance. Sans trop s'étendre sur le sujet, si la stratégie des moyens italienne avait été plus fine (selon l'auteur du billet...), alors Rome aurait peut être pu aligner deux porte-avions légers et des TCD. Le porte-avions léger, avec catapultes, c'est aussi moins de contraintes techniques pour le groupe aérien embarqué, et donc, moins de coûts non-gérables (Joint Strike Fighter ? Osprey ?) !


De Washington à Rome, il est question de la "division du travail" dans les flottes. La "perte de travail" des porte-avions se fait au bénéfice des autres navires. Ce qui pousse à remarquer qu'il n'y a pas de diminution de la charge opérationnelle à assumer pour les marines. L'abandon du porte-avions géant n'est donc pas un déclassement, bien au contraire, c'est même un défi.

Il n'y aura pas dans les prochaines décennies de "capital ship" au sens classique du terme. Mais bien une mise en réseau de plusieurs navires trés complémentaires. C'est la finesse de cette division du travail qui permettra à l'US Navy, la Marine nationale ou la Marina militare de juguler le coût des navires, et de pouvoir atteindre une masse critique plus confortable dans les prochaines années.

 

A lire également : "US Navy : Les nouveaux projets de commandes d'ici 2017" de Mer et Marine.

 


Par Le marquis de Seignelay - Publié dans : Flotte(s) - Communauté : Défense
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