Mardi 28 février 2012 2 28 /02 /Fév /2012 15:15

http://rwrobotica.files.wordpress.com/2010/02/rq-4a_global_hawk_unmanned_reconnaissance_system.jpg

Crédit : inconnu. RQ-4 Global Hawk de l'US Air Force

 

Le programme BAMS (Broad Area Maritime Surveillance), dans un souci de vulgarisation, repose, notamment (le système est plus complexe que ce qui va être présenté), sur un couple qui sera très intéressant à étudier au cours de l'actuelle décennie : 

  • un senseur qui effectuera de la "reconnaissance persistante",
  • un analyseur-effecteur.

Le vocabulaire n'est pas tout à fait orthodoxe, ni académique, ni compréhensible au premier abord, mais l'idée d'ensemble du programme est assez simple : le vecteur responsable de la reconnaissance persistante est un aéronef non-piloté. Plus précisément, c'est le drone HALE de Boeing qui a été retenu : le RQ-4 Global Hawk. L'aéronef de Haute Altitude et Longue Endurance (HALE) a été commandé par l'US Air Force à une quarantaine d'exemplaires, à plusieurs exemplaires par l'Allemagne dans une version SIGINT, et également à plusieurs exemplaires par l'OTAN, du moins, d'ici sous peu, dans le cadre du programme Alliance Groud Surveillance. La particularité de cet engin, ainsi que pour ses congénères, est de demeurer sur zone pendant un laps de temps plutôt long pour un vecteur aérien : 36 heures. Avec un système de drones à trois ou quatre vecteurs, il est possible d'imaginer une persistance sur zone qui s'étalerait sur plusieurs jours, si ce n'est plusieurs semaines. Ou bien, si la disponibilité le permet, de couvrir une vaste zone en utilisant les trois vecteurs à la fois.

L'économie du système de drones est difficile à cerner car elle nécessite l'étude de plusieurs facteurs. Difficile car pour surveiller une zone il n'est plus nécessaire d'aligner un grand nombre de vecteurs, mais une poignée se relayant sur place en permanence ou presque. Sur le papier, cette aéronavale basée à terre est un peu le rêve de l'éclairage des flottes : non-seulement, il y a la promesse de pouvoir surveiller de grandes étendues maritimes à la recherche de l'adversaire, mais également d'occuper cette espace. Cependant, un système de drones MALE ou HALE bouleverse les habitudes, mais aussi les conceptions financières liées à la mise en oeuvre de systèmes d'armes. Les nouveaux venus sont-ils moins coûteux ? Il est difficile de le dire. Prenons l'exemple du système de drones Harfang à travers un rapport du Sénat de 2009 :

  • il est composé de trois vecteurs. L'heure de vol oscillerait entre 10 et 15 000 euros (à prendre avec des pincettes, le Sénat le précise bien dans son rapport). Le coût de l'heure de vol d'un Rafale oscillerait quand à elle entre 8 et 20 000 euros. Toutefois, le Rafale n'a pas vocation à reste en l'air une trentaine d'heures, contrairement à un drone Harfang.
  • Le coût du système de drones Harfang (à trois vecteurs) serait de 41 millions d'euros (valeur de 2009, semble-t-il) contre 70 millions d'euros pour un Rafale qui sort de l'usine.
  • Les exigences d'entraînement ne sont pas non plus les mêmes pour opérer un Harfang et un Rafale, ce qui a une incidence forte sur le coût global du système d'armes (moins d'entraînement c'est moins de maintenance, moins d'usure des systèmes, etc...). 
  • La liaison de donnée est primordiale puisque une simple liaison radio permet de contrôler un drone dans un rayon de 200km quand une liaison satellite décuple à plusieurs centaines de kilomètres ce contrôle à distance, si ce n'est plus.

 

" Aux États-Unis, l’US Air Force estime que la mise en œuvre permanente (24 heures sur 24) d’un drone MQ-9 Reaper nécessite 168 personnes pour assurer la maintenance, la mission et l’exploitation du renseignement". Mais le Sénat note que "l’estimation du coût des drones doit tenir compte des dépenses d’usage qu’implique leur mise en œuvre. Or, l’empreinte logistique de ces appareils est très variable. À titre d’illustration, le déploiement du système français SIDM-Harfang en Afghanistan mobilise près de quarante personnels sur la base de Bagram. Bien évidemment, cette empreinte a vocation à évoluer en fonction des progrès qui interviendront nécessairement au cours des années à venir".

 

Il est facilement compréhensible que le coût d'acquisition d'un système de drones, et son coût d'utilisation sont des choses très variables. Il n'en demeure pas moins que pour de la "reconnaissance persistante", les drones MALE et HALE semblent offrir un coût moindre par rapport à une machine pilotée in vivo : c'est bien une avancée que de pouvoir rester 10, 20 ou 30 heures sur zone.... voir 90 heures (succession des trois machines).

 

L'avantage des drones armés, c'est qu'ils couplent renseignement et action. La boucle OODA peut être réduite puisque les armes sont sur la plateforme de renseignement -du moins, si l'ordre est donné à temps.

 

Dans le domaine naval, il n'est pas question d'armer les drones, pour une raison relativement simple : les missiles et torpilles nécessaires pour détruire un navire, une embarcation ou un sous-marin pèsent plusieurs centaines de kilos, voir plus d'une tonne. Le Harfang, qui n'a aucune vocation maritiime, a une charge utile de 250kg et le RQ-4, 1360kg.

 

Une des autres limites du drone MALE/HALE provient de son plus grand avantage : ses qualités de plateforme de renseignement. Cependant, la plateforme n'est pas conçue, semble-t-il, pour analyser. Non pas qu'elle répercute à sa station de contrôle tout les échos perçus sans l'ombre d'un traitement. Mais dans le domaine qui nous intéresse, il n'est possible de sortir l'humain de l'analyse. Le programme BAMS permet de surveiller de grandes études maritimes grâce à un drone HALE, afin de mener des missions ASM et AS (Anti-Surface). Si l'engin peut repérer un périscope qui sortira de l'eau ou un navire qui sillonnerait les flôts, ce n'est pas suffisant pour discriminer l'écho.

 

D'où le recours à un classique appareil de patrouille maritime : le P-8 Poséidon qui doit remplacer les P-3 Orion de l'US Navy. Le rôle du RQ-4N est de défricher une zone, ou bien d'offrir une vue d'ensemble à l'utilisateur. Mais il n'est pas question de se passer d'un vecteur piloté : les compétences humaines nécessaires, à tout hasard, à la chasse d'un sous-marin sont trop complexes pour qu'elles soient "dronisées". En outre, il ne semble pas prévu que le drone puisse larguer des bouées sonar (charge utile très limitée). Cette absence d'interaction avec le milieu sous-marin limite considérablement un de ses champs de surveillance.

 

L'US Navy commanderait 70 RQ-4N pour 12 milliards de dollars, soit 170 millions de dollars l'unité (bête division, somme avec ou sans la R&D ?), et 117 exemplaires du P-8 Poséidon pour un coût unitaire qui avoisinnerait entre 130 et 200 millions de dollars, selon les sources et les contrats. Toutefois, le 8 janvier 2012 il n'était question que de 20 RQ-4N, chiffre qui semble plus près de la réalité. Les appareils ont vocations à opérés depuis les différentes bases américaines qui couvrent la surface du globe. Il ne manque plus que les RETEX de la marine des Etats-Unis afin de savoir si un système de drones HALE apporte un plus tactique dans la lutte aux navires de surface ou sous-marins.

L'articulation des volumes entre les deux programmes laissent songeurs, tout comme le coût d'utilisation d'un système RQ-4N. L'US Air Force se détournerait ces derniers temps de ce drone HALE car son coût serait plus prohibif que l'exploitation des U-2.

 

Il serait intéressant de savoir quel est le système le plus économique à l'usage pour surveiller les activités de pirateries au large de la Corne de l'Afrique : un système de drones RQ-4N ou plusieurs appareils de patrouille maritime ? L'intérêt d'un drone, MALE ou HALE, dans ce genre de mission, c'est qu'il est conçu pour durer en s'usant le moins, là où il peut être "douloureux" d'user des avions de patrouille maritime comme des Atlantique 2. Néanmoins, ceux-ci sont aussi utilisés pour traquer les communications ennemies et pister ainsi les objectifs : est-ce une mission qui peut être accomplie par le drone ?

Le drone ne dispensera pas, quoi qu'il arrive, de recourir à un système d'armes plus complexe et piloté par l'humain. Le grand intérêt du drone, c'est de faire des tâches basiques à bas coût à des rythmes insupportables pour l'être humain et les finances. Peut être est-ce là qu'il faut placer la limite entre un système de drone "utile" et un autre qui grève trop les budgets et les moyens d'actions. Le RQ-4 a subi une inflation (extra)ordinnaire puisque il semblerait que les premiers exemplaires de l'USAF étaient donnés pour 40 à 60 millions de dollars, et que les derniers tournaient autour de 200 millions de dollars. Les équipements destinés à ces engins doivent y contribuer pour beaucoup (et plus de senseurs, c'est plus de données, donc des liaisons de données plus costaudes). Il s'agit d'adapter les capacités de l'engin au juste besoin.

 

Pour s'engager dans ce genre de solutions, il faut être convaincu de leur intérêt. Face à une tel avalanche de chiffres, il est bien difficile d'évaluer le coût, et donc l'apport, des drones dans les missions militaires en général. Qui plus est, la chose se corse quand il s'agit de tenter de calculer l'intérêt d'un système quand la mission n'est pas la même, que les ambitions ne sont pas les mêmes (permanence ou simple mission de longue durée) ou encore, quand il faut coupler plusieurs plateformes ensembles.

 

Mais il y a des pistes à explorer pour l'avenir de l'aviation navale, dont l'embarquement de drones HALE à bord des ponts plats. Dans une autre mesure, l'utilisation d'un drone MALE à partir d'un navire de surface, d'un escorteur, serait une nouvelle grande évolution pour ce navire après l'introduction des missiles anti-navires et de croisière. Pour être encore plus séduisante, il faudrait que ces engins aient une charge utile qui puisse évoluer en fonction des missions.

L'US Navy déffriche... et le Broad Area Maritime Surveillance est un système qui ne se limite pas au RQ-4N et au P-8 Poseidon.

 



Par Le marquis de Seignelay - Publié dans : Guerre Aéronavale - Communauté : Défense
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