Jeudi 30 août 2012 4 30 /08 /Août /2012 14:22

http://tinyurl.com/cxfbyvj

Le premier devoir d'un Etat est la Sécurité. Il n'est certainement pas question de la "sécurité" au sens commun du terme. Mais bien entendu, il s'agit pour cette organisation politique d'être capable de sauvegarder les frontières et les territoires, dans le but de préserver la souveraineté de cette entité politique. C'est le premier devoir de l'Etat, et c'est l'un des plus essentiels, si ce n'est le devoir le plus essentiel.

 

Bien des auteurs évoquent "l'Etat westphalien" : l'Etat (en général) aurait le monopole légitme de la violence. Il serait le seul acteur légitime à employer la violence pour se défendre d'un acteur hostile, tant intérieur qu'extérieur et pour faire respecter son autorité. C'est un point de repère des relations internationales qui est remis en cause par bien des internationalistes face, notamment, à l'existence d'autres entités politiques que l'Etat.

Il y a l'exemple d'Etats qui sont dépassés sur tout ou partie de leur territoire par une entité politique qui leur dispute le monopole, légitime ou non, de la violence. Actuellement, les cas du Liban (Hezbollah), du Pakistan (Waziristan), du Mexique (cartels de drogue), de la Colombie (FARC) et du Mali montrent combien un Etat peut être contesté par une entité politique. Il en va du cas où cette entité politique est contenue dans un cadre territoriale plus ou moins bien défini (Pakistan, Colombie), au cas où ces entités sont beaucoup plus diffuses et saisissables (Mexique, Liban). En ce qui concerne le Mali, l'exemple est un peu particulier puisque la moitié Nord du pays a été conquis par une entité extérieure. Mais le risque que cette entité se serve de cette généreuse moitié pour absorber la seconde montre bien qu'un Etat qui ne préserve pas son territoire par tout moyens, dont la violence, est presque voué à disparaître.

 

L'article premier de la constitution de 1958 qui établit le régime de la Ve République de la France est assez clair à ce sujet : "La France est une République indivisible". L'article 5 de cette même constitution, relatif au Président de la République, est tout aussi explicite : "Il [le Président] est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités". L'article 15 arrive presque bien tard pour désigner le responsable de cette tâche première de l'Etat : "Le Président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et les comités supérieurs de la défense nationale". Cette suite de citations permet de bien constater que l'intégrité du territoire est l'une des plus importantes choses régit par la constitution, et même, elle est mise en avant dès son premier article. Ce devoir est si bien pris au sérieux qu'exite le très fameux article 16 (premier alinéa ici cité) : "Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacées d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des présidents des assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel". C'est très certainement un héritage direct de la bataille de France de 1940 : c'est une réponse politique et institutionnelle à cette défaite, la dissuasion nucléaire est la réponse plus matérielle.

 

Pendant très longtemps, c'est "l'Armée" (aujourd'hui il faudrait entendre l'Armée de Terre) qui été le premier instrument de l'Etat royal (depuis sa construction), puis républicain, pour garantir l'intégrité territoriale du domaine royal. A la Révolution il y eu le passage de témois entre domaine royal et territoire national. Notre territoire en contruction a été mis en danger par nos voisins (tout comme la construction de notre territoire a fait disparaître quelques uns de nos voisins). Ainsi, se sont succédés à nos portes les anglais (guerre de Cent ans) et la dynastie des Habsbourg. Ces deux exemples ne sont là que pour rappeler que l'intégrité du territoire, non-encore achevé tel qu'on le connaît aujourd'hui, avait été gravement remis en cause par nos voisins. L'un des plus grands risques pour les gouvernants de la France était l'encerclement. A la défaite de 1940, cet encerclement était encore présent puisque tout nos voisins (sauf la Suisse), nous étaient hostiles : soit par nature (Espagne), soit par bélligérance (Allemagne, Italie), soit par conquête d'un bélégirant (Belgique), et soit par inquiétude (Angleterre). Si la Guerre froide n'était pas directement à nos portes, elle portait les forces soviétiques à un simple couloir (de Fulda) de celles-ci.

 

Mais depuis la chute du mur de Berlin et les dissolutions du pacte de Varsovie et de l'URSS, il y a eu un évènement historique retentissant : l'intégrité du territoire métropolitain n'est plus menacé à ses frontières métropolitaines ! Pire : la France est une île au milieu d'une Europe qui se reconstruit, à la poursuite de la prospérité et de l'unité ! Bien entendu, il ne s'agit pas d'une insularité naturelle : aucune mer entoure les frontières européennes de la France. Mais ce n'est pas la première fois qu'un Etat s'insularise artificiellement : le cas de la cité antique d'Athènes est le plus célèbre. La construction des longs murs entre le port du Pirée et la cité permettait à celle-ci de ne pas craindre d'être détruite par une menace surgissant par la terre. Pour en venir à bout, il fallait vaincre en mer. L'insularité française n'est pas tellement différente, elle ne procède pas des mêmes pierres, c'est bien là la seule différence.

 

D'un autre côté, c'est un mouvement entamé depuis le XVIe siècle (premier empire colonial) qui risque de bouleverser le fonctionnement et la façon de faire de notre pays : l'outre-mer. Des empires coloniaux, il nous reste un Archipel France. Ces territoires ne sont pas rattachés arbitrairement à la République, bien au contraire. En 1958, ils ont tous eu le choix d'adopter la constitution de la Ve République et de devenir partie intégrante de la France par le suffrage universel. L'autre choix était de quitter la France et la communauté française alors établie par la constitution (aujourd'hui disparue et dont les traces sont le vide entre les articles 77 à 87 du texte fondateur). Puis, des évènements et des mouvements ont amené quelques territoires à revoter une seconde fois (exemples de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française par exemple). A une ou deux reprises, les votes de nos compatrioites ont été assez clair avec le oui pour la France qui l'emportait dans des proportions comprises entre 70 et 90%. Il ne s'agit donc pas d'un hértiage d'un passé colonial et arbitraire. Bien au contraire, nous sommes composés de territoires qui ont souscrit à un régime politique et une appartenance à un pays dans l'espoir de projets d'avenir !

 

La France n'est donc plus cet hexagone au carrefour des civilisations européennes. Elle ne l'a presque jamais été, par ailleurs. L'ouvrage "France-sur-mer - Un empire oublié" n'introduit pas autrement son propos que par un constat alarmant : bien des manuels de géographie "mentent" : la France ne saurait se réduire à sa portion présente sur le sol européen, la  France n'est pas un hexagone, c'est un archipel !

 

Depuis la chute du mur, il y a eu bien des bouleversements, sauf le plus essentiel : celui de consacrer dans les discours et les têtes que la France est un ensemble d'îles. La France est une nation insulaire. Le changement est considérablement sous-estimé : pire, le réveil va être difficile quand les institutions vont évoluer pour s'adapter à cette simple réalité géographique. Il faut et il suffit de comparer les constructions institutionnels de l'Angleterre et de la France pour se convaincre que l'insularité et la nature de la menace aux "frontières" (terretre ou marine) influence considérablement la philosophie de la construction de l'Etat.

 

L'une des choses qui a déjà évolué en France, c'est la hiérarchie objective entre les forces armées. Pendant des siècles, il était évident que la sauvegarde du territoire passé impérativement et en premier lieu par l'Armée (Armée de Terre). Les marins ne remettait pas en cause cette nécessité, l'Amiral Castex ne disait pas autrement dans le premier tiers du XXe siècle. Cependant, depuis que la France est un Etat insulaire (par le vote de ses citoyens), les choses ont évolué. L'un des plus grands changements de la fin du XXe siècle, c'est que la force armée qui garantit l'intégrité territoriale de la France, c'est la Marine nationale.

 

Mais est-ce que le gouvernement de la France se donne les moyens d'assurer ce changement ? Non, l'Armée de Terre est toujours la première bénéficiaire du budget de la Défense nationale, et la Marine passe après... Armée de Terre et Armée de l'Air. Pour défendre l'Archipel, il n'y en tout et pour tout que... "six frégates de surveillance et de 20 patrouilleurs" relève Michel Cabirol (La Tribune). Il y a bien les autres instruments et outils de la Royale : le groupe aéronaval (GAn) et le groupe amphibie, avec son lot d'escorteurs. Oui, mais, il y a une difficulté à prendre en considération quand on a la charge de préserver l'intégrité d'un archipel : un navire qui se trouve à la Réunion ne peut pas être présent au Kerguelen et en Nouvelle-Calédonie en même temps. De même pour un patrouilleur stationné en Polynésie ne peut pas aller patrouilleur au large de Clipperton en même temps : il y a quinze jours de mer. Cela revient à dire que toutes annexions dans des contrées aussi éloignées reviendrait à exiger, en cas de réponse guerrière de notre part, la constitution d'un corps expéditionnaire qui aspirerait toutes nos capacités de projection de forces et de puissance. Ce serait la sanction de notre manque de prévoyance de ne pas avoir simplement manifesté matériellement notre présence sur nos territoires.

 

Premièrement, il y a donc un problème assez fondamental. Certes, le budget n'est pas ennivrant... mais est-ce que le budget des Armées n'a-t-il jamais été abondant ?... Le plus compliqué, ce n'est pas l'évolution du budget. Le plus dur, c'est bien de relever, d'augmenter le budget de la Marine nationale au détriment de ceux de l'Armée de Terre et de l'Armée de l'Air. Le chef d'état-major de l'Armée de Terre a eu une parole révélatrice et relevée par monsieur Cabirol : "Est-il raisonnable d’avoir une armée de terre en dessous de 100.000 hommes, c’est-à-dire au plus bas de son histoire dans un pays qui n’a jamais été aussi peuplé ?" Il est impératif et vital de lui répondre que si l'Armée de Terre pouvait compter 1 millions d'hommes en Europe que cela ne préserverait absolument pas l'intégrité du territoire national...

 

Le journaliste répercute que "la France est confrontée à une contestation de sa souveraineté sur certains de ses îlots du bout du monde tel que l’île de Clipperton aux confins de l’océan Pacifique, située à 1.280 kilomètres d’Acapulco au Mexique, les îles Eparses dans l’océan Indien situées autour de Madagascar, ou, enfin, Matthew et Hunter, deux petites îles inhabitées du Sud Pacifique, à 300 km à l'est de la Nouvelle-Calédonie". Est-ce l'Armée de Terre qui peut préserver ces territoires ?!

 

La première réaction de certains sera de dire : Clipperton, îles Eparses et Matthew et Hunter, quelle importance ? Premièrement, ce ne serait que violer allègrement quelques articles de la constitution -texte qui implique que le politique prime sur le militaire et qui confie implicitement quelques missions au militaire- que de tenir de tels propos. Effectivement, ce ne sont pas les territoires les plus connus qui sont menacés. Mais ils ne sont pas dénués d'intérêts. Deuxièmement, que dirait la société internationale d'un Etat qui n'assume pas son premier devoir : préserver l'intégrité de ses frontières et de son territoire ? Que pourrait donc penser les français d'eux-mêmes ?

 

Il y eu un pays qui a pris à la légère la défense de son archipel. Face aux problèmes financiers, face à la "crise", il avait réduit à peau de chagrin ses "forces prépositionnées" (une expression galvaudée, en l'espèce) dans un archipel obscur du fin fond de l'Atlantique Sud où il n'y avait que quelques habitants et des moutons. En 1982, cet archipel fut envahi par l'Argentine : l'Angleterre répondit à cette menace contre l'intégrité de son territoire. Il ne manqua que quelques missiles Exocet à Buenos Aires pour humilier tout un peuple insulaire qui avait agi avec une légèreté extraordonaire. L'Argentine prévoyait d'annexer toutes les possessions anglaises de cette région : cet Etat aurait-il été le seul à réagir de cette manière en cas de défaite anglaise ? Aujourd'hui la Royal Navy envoie très régulièrement un sous-marin ou une frégate montrer le pavillon, et la Royal Air Force prépositionne quatre Eurofighter. Ces missions de présence et ce prépositionnement de forces ont été rétablis dans le budget.

 

Si la France ne se donne pas les moyens de montrer le pavillon (peut être la mission la plus capitale de la diplomatie navale (théorisé par Hervé Coutau-Bégarie) dans toutes ses îles et dans les territoires alentours, bien des pays finiront par considérer que ces territoires ultra-marins sont ou sont quasiment des territoires "sans maître", et bons à prendre.

 

Par exemple, la convention onusienne de Montego Bay de 1982 consacre l'existence des zones économiques exclusives en mer : le patrimoire français s'élève en la matière à plus de 11 millions de km², et il est le second de la planète. Il n'a de valeur que si un "blocus" est imposé par l'Etat aux utilisateurs extérieures. La valeur des ZEE ne repose que sur le principe que l'Etat est la seule autorité compétente pour délivrer les permis nécessaires pour l'exploitation des différentes ressources présentes en mer (tant halieutique que minérales et fossiles). Si l'Etat ne peut pas assurer la police en mer pour distinguer l'utilisateur enregistré régulièrement de celui qui vient littéralement piller nos ZEE, que vaut alors l'autorité de l'Etat ? Cet abandon de souveraineté économique est le premier pas avant des méfaits bien plus graves.

 

Que répondre à ceux qui brandissent, à tout de champ, que c'est la "crise" quand la Marine ferraille ses patrouilleurs les uns après les autres et qu'ils ne sont pas remplacés ? Oui, la Défense nationale a un coût, et il faut savoir la financer. Serait-ce une quadrature du cercle ? Très certainement que cela en serait une si nous parvenions à réussir l'erreur de perdre le pétrole de Guyane, les riches eaux poissonneuses de Clipperton ou de nos îles de l'océan Indien et du Pacifique, le nickel de la Nouvelle-Calédonie et les probables et futures réserves gazières et pétrolières des Kerguelen (tout aussi riche en poissons). Il n'y aurait donc pas de richesses dans ces îles ?... L'avenir des industries primaires de France se trouve dans les territoires ultra-marins... !

 

Il y aurait alors un double mouvement dangereux : d'une part, les risques de pillage et d'annexion, et d'autre part, les risques que des territoires prennent leur indépendance pour assumer ce qui ne l'est pas ou plus depuis Paris : la Sécurité, l'intégrité territoriale. A quoi servirait donc une Armée de Terre de 500 000 hommes ou d'un millions d'hommes dans pareil cas ? L'Armée de Terre n'est plus la première force armée garante de l'unité territoriale, c'est un fait indéniable !

Depuis la chute du mur de Berlin, la France est un archipel dont la métropole est son île artificiel. La première force armée garante de l'intégrité territoriale de cet archipel est la Marine nationale : il va être grand temps que la répartition des crédits budgétaires affectés aux Armées matérialisent cet état de fait. C'est le premier devoir de l'Etat, serviteur de la République, que de protéger l'intégrité terrotiral de l'Archipel France. Les considérations suivantes, sur le format ou les capacités des forces, sont secondaires par rapport à cette mission impérieuse, primaire et vitale, consacrée par la constitution : c'est la première priorité. Le livre blanc en gestation ne peut absolument pas dire le contraire ni respecter une autre hiérarchie, à moins de violer la constitution et de préparer une nouvelle guerre des Malouines.

 

 

Quelques articles du Fauteuil sur ces sujets :

 

Par Le marquis de Seignelay - Publié dans : #ArchipelFrance - Communauté : Défense
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires
Retour à l'accueil

Père de l'aéronavale française ?

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/ba/Clement_ader%2C_1891.jpg© Wikipédia. Clément Ader en 1891.

 

"Donc, un bateau porte-avions devient indispensable.

 

Ces navires seront construits sur des plans bien différents de ceux utilisés actuellement. D'abord, le pont sera dégagé de tout obstacle : plat, le plus large possible, sans nuire aux lignes nautiques de la carène, il présentera l'aspect d'une aire d'atterrissage.


Le remisage des avions devrait être aménagé nécessairement sous le pont. On aura accès dans cet entrepont par un monte-charge assez long et large pour recevoir un avion les ailes repliées... A côté devra être l'atelier des avionneurs chargés de réparer les avaries et d'entretenir les avions toujours prêts à s'envoler".

Clément Ader, 1895, cité par l'Amiral Barjot dans son ouvrage "Vers la Marine de l'âge atomique" (1955).

Le premier porte-avions français est le Béarn : il entretra en service en 1928, et il sera le seul de sa classe de cuirassés (cinq au total) à être converti en porte-avions.

Photothèque

  • Empire français en 1930
  • PA JOFFRE
  • Eurasie au Ier siècle
  • BPC
  • AMX-30 Brenus
  • B 2707

Statistiques

free counters

 

free counters

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés