Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 11:32

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Crédit : Etat-major des Armées.

 

Il y a comme une odeur de souffre qui nous parvient depuis le bassin oriental de la Méditerranée et, également, depuis le golf Persique. Quoi de plus indiqué, alors, que de parler d'artillerie navale, à nouveau ?

A la lecteur de deux hors-séries de DSI (numéro 21 : "Artillerie : quel avenir pour le "Dieu de la Guerre") et Histoire et Stratégie (numéro 8 : "Histoire de l'Artillerie : de la baliste aux missiles), il y a quelques remarques à faire.

 

L'évolution de la portée de l'artillerie terrestre a pour origine, notamment, l'allongement des tubes : il y a une différence flagrante de portée entre un "155mm long" (16 000m du 155mm à Grande Puissance Filloux (GPF) et un "155mm court" (6000m de l'obusier 155mm Mle 1904 du capitaine Rimailho) en ce début de XXe siècle. Ce n'est pas pour rien si la modernisation des AMX-30 AUF1 est espérée pour évoluer d'un tube de 39 calibres à un de 52 calibres (comme le CAESAR).


En ce qui concerne la Marine nationale, et mis à part les quatre pièces de 76mm en service sur les deux FDA, l'artillerie standard est la pièce de 100mm. Toutes les frégates ne sont pas équipées du même modèle de cette tourelle. Certes. Mais, et quelque soit son évolution, il y a bien une chose qui perdure : le canon a depuis son origine 55 calibres. La tourelle de 127mm d'OTO-Melara peut se vanter d'avoir un tube de 64 calibres -et cela fait en partie la différence !

Il est étonnant qu'il n'y ait plus aucun projet pour produire de nouvelles tourelles de 100mm avec un tube allongé... d'au moins 64 calibres ? Les dernières tourelles de 100mm qui ont été construites en France l'ont été pour les frégates LaFayette. A priori, la chaîne de production serait fermée, et la capacité à construire des tubes pour la Royale serait mise en sommeil. Il ne subsisterait que les savoir-faire pour l'artillerie terrestre, qui pourrait être navalisés le cas-échéant. La France a bien commandé des tourelles de 76mm AA (par opposition au polyvalent 100mm) à l'entreprise italienne OTO-Melara pour les deux Forbin et les 11 FREMM.

La Guerre en Libye, et toutes les problématiques avec les missiles, dont bien sûr leur coût, ont (re)montré l'intérêt de pouvoir utiliser l'artillerie navale contre objectifs à terre. La pièce italienne de 127mm pourrait permettre de viser une portée pratique de 70km avec la munition Vulcano -même si cela implique des capacités de ciblage : les Forces spéciales et l'utilisation future des drones. Dans un futur qui n'est pas si lointain, il serait question de passer à des canons électromagnétiques de 155mm (Advanced Gun System) devant avoir une portée pratique espérée de 185km.

Personne n'en est là. Il y a un problème industriel qui transparaît et qui dépasse la Marine nationale : est-il possible de se fier uniquement aux capacités de Nexter pour produire des tubes ? A la lecture des caractéristiques d'une tourelle de 100mm (dans un article de Net-Marine), on peut se rendre compte qu'il y a un monde entre la Marine et l'Armée de Terre :

  • "Le refroidissement [de la tourelle de 100mm], assuré par une circulation d'eau dans les chemises entourant le tube et par une injection d'air et d'eau entre chaque coup tiré, permet de réduire considérablement l'usure de l'arme". Il n'est absolument pas question de la même chose pour un AMX-30 AUF1 ou pour un CAESAR -et ne parlons même pas des TRF1 tractés, voués à disparaître.

  • "La cadence de tir originelle de 60 coups par minute est portée à 78 coups par le biais d'une modernisation. Les dernières tourelles construites sortent directement des chaînes de production avec une cadence améliorée". La capacité de l'AUF1 a tiré 6 coups en 45 secondes reste une performance mondiale, depuis les années 70, de premier plan... pour un canon automoteur.

 

Il y a bel et bien un monde entre la Terre et la Mer en matière d'artillerie... sur ce point là, en tout cas.
On peut légitimement se demander s'il est bien nécessaire de ne garder que Nexter pour produire des canons en France, et s'il est pertinent de se passer d'une capacité française qui a connu un grand succès commercial. Bien des pays pourraient être intéressés par une modernisation permettant d'allonger la portée maximum de 17 000 mètres à... plus. Il serait "naturel" qu'une alternative existe aux 76mm et 127mm italiens.

 

Il y a là deux actions pragmatiques et efficaces à joindre :

  • améliorer son armement à moindre coût,
  • faire financer cette amélioration par l'étranger.

L'allongement du tube de la tourelle de 100mm de 55 calibres à 64 ou plus pourrait être une première mesure. Il faudrait que l'allongement de la portée soit significatif pour que l'affaire demeure intéressante.

Pourquoi ne pas se contenter de doter nos futures FREMM de pièces de 127mm ? Premièrement, il y a le facteur coût : 70 millions d'euros pour cinq pièces (le 127 mm italien -dont une pour l'entraînement) pour l'Allemagne, soit 14 millions d'euros la pièce (environ). Pour la Flotte, il faudrait donc multiplier cette dernière somme par le nombre de frégate à doter. Il s'agirait d'équiper les 9 FREMM ASM, et, peut être, les 5 frégates LaFayette (avec des missiles Aster ?) : 196 millions d'euros. Ce coût ne tient pas compte de toutes les annexes à une telle évolution : l'entraînement, et les équipements associés, les problèmes logistiques liés à la diversité des calibres (trois calibres -76, 100 et 127- pour 18 frégates, c'est fort de café), les munitions, etc...

 

Pour en revenir à la base industrielle et technique de Défense : est-ce bien raisonnable par rapport à un changement de tube sur des tourelles existantes, voir la production de nouvelles tourelles ? Il y a encore ce fameux canon de 100mm qui tire à 17 000 mètres grand maximum, et qui pourrait voir sa portée s'améliorer en changeant de tube. L'opération intéresserait aussi bien nos navires que ceux d'autres marines (qui souhaiteraient disposer d'une pièce polyvalente, et ne pas se fermer des portes avec une pièce de 127 uniquement AVT et AS) : il s'agirait, par exemple, de toutes les LaFayette" vendues dans le monde. Cette manne financière hypothétique et potentielle permettrait de maintenir la capacité à fabriquer des tourelles d'artillerie navale -ce qui comporte les spécificités précitées- et les équipements de visé associés. Si l'opération de revalorisation avait un coût moindre, et cela risque d'être bien le cas, alors une partie des crédits économisés pourrait servir à des programmes d'études et d'équipements : l'utilisation de drone ISR pour servir au pointage. Une version "agrandie" du Camcopter S-100 pourrait amplement suffire, tant que le coût reste "modeste" et que la plateforme est "polyvalente".

 

L'autre grand domaine d'évolution de l'artillerie terrestre est l'obus en lui-même. De cette évolution, il est possible de distinguer deux choses :

  • l'augmentation de la précision grâce aux systèmes de visé (GPS, laser), ce qui permet d'aboutir à des obus à précision métrique, voir submétrique sous certaines portées (et ce qui exige des capacités de ciblage) ;
  • l'augmentation de la portée grâce aux qualités intrinsèques de l'obus en lui-même.

Il est nécessaire de distinguer les deux modes de ciblages, car :

  • les munitions à guidage laser nécessitent une visée laser extérieure à la munition,
  • les munitions à guidage GPS qui peuvent se recaler elle-même sur la cible, grâce à des dispositions particulières (comme des ailettes).

Pour les obus à précision métrique, il y a des modèles en particulier (tirés par des canons de 155mm pour les munitions OTAN et 152mm pour la munition russe) :

  • le Copperhead américain (guidage laser),
  • l'Excalibur anglo-américain (guidage GPS),
  • le Krasnopol (guidé par laser) russe.

Cette dernière munition ne coûterait que de 2000 à 3000 dollars (p.52 du hors-série de DSI sur l'artillerie précité) contre 90 000 dollars pour l'Excalibur (p.63 de la même publication). Ce qui est formidable, c'est que l'on peut apprendre à la fin de l'article Philippe LANGLOIT sur l'artillerie automotrice russe que la DGA s'est intéressée... au Krasnopol ! Il existe une version 155mm de la munition : le Krasnopol-M (à la portée légèrement réduite).


Ainsi, l'automoteur 2S19 MSTA-S de 152mm tire des obus Krasnopol qui ont une portée maximale de 20km. Ce n'est pas assez pour justifier la production d'une tourelle de 100mm revalorisée (mais l'obus russe est-il vraiment limité à cette portée ?), mais, il est possible de noter que c'est une évolution intéressante quand l'on peut disposer de Forces spéciales -ou bientôt des drones- pour guider les tirs. En revanche, l'obus Excalibur qui peut être tiré, notamment, par le Archer suédois (mélange entre un CAESAR avec une tourelle d'AUF1), avec une portée de près de 60km pour précision inférieure à 10 mètres sur cette distance.

 

Le grand intérêt des munitions guidées, c'est de leur permettre de garder une précision acceptable, par les règles d'engagements, quand le canon fait feu "de loin". L'autre grand évolution apportée par les obus dans l'artillerie, c'est la portée :

  • les obus base bleed ou Réducteur de Traînée de Culot (RTC) : "dispositif placé sur le culot d’un obus et actionné à la sortie de la bouche du canon, qui permet d’augmenter la portée par réduction de la traînée aérodynamique de l’obus". Un automoteur sud-africain, le G6-52 (155mm/52 calibre) porte à 50km avec un tel obus.
  • les obus ERFB (Extended Range Full Bore) dont l'ingénieur canadien Gérald Bull est à l'origine. Ce sont des obus stabilisés non plus par le canon, mais par des ailettes qui se déploient après le tir de l'obus par le canon -ce qui n'est pas sans rappeler le tir de certaines munitions navales (Exocet).

La combinaison de ces deux caractéristiques en une seule munition EFRB-BB permet à des canons de 155mm d'atteindre des portées de plus de 50km. L'automoteur G6-52 porte même à 73km (distance atteinte lors d'un essai selon les dires du concepteur de la munition, Denel) avec une munition M9703A1 V-LAP (special Velocity-enhanced Long Range Projectile).

 

Les obus RAP (Rocket Assisted Projectiles) permettraient d'espérer franchir le cap des 80km de portée, c'est en tout cas ce qu'espère les anglais pour leur automoteur AS90 (155mm/52 calibres : p.46 du hors-série DSI sur l'artillerie).

 

L'utilisation de l'obus dépend de la nature de la cible à traiter, et de ce qui peut se trouver aux alentours. Alors que les canons de 155mm avaient la même portée que leurs aînées de la première guerre mondiale (entre 15 et 20 000 mètres), l'amélioration des obus a pu permettre de franchir des caps significatifs.  Le coût financier de la portée et de la précision est plus que réel, et doit être pris en compte. Si l'augmentation du nombre de calibres de la tourelle de 100mm peut paraître être une solution naturelle, le développement de munitions ou l'adaptation de munitions existantes dans l'artillerie terrestre serait un complément naturel, voir le complément à privilégier. Cette solution aurait l'avantage de soutenir mutuellement la Marine et l'Armée de Terre. L'idéal aurait été que le canon de 100mm en fasse 105 pour qu'il puisse exister des munitions communes aux canons tractés et aux pièces de marines -mais c'est une autre histoire. Toute l'informatique associée à la tourelle devrait être mis à niveau, néanmoins, pour permettre l'utilisation de telles munitions.

 

Il est certainement illusoire d'espérer de telles portées avec un tube de 100mm de diamètre. Cependant, ce tube en 55 calibres porte d'ores et déjà à 17 000 mètres, ce qui est plus que louable par rapport à la portée de canons de 155mm terrestre en 39 calibres. Il faut des tubes de 155mm/52 calibres pour dépasser le canon de marine de 100. L'adaptation de munitions terrestres permettrait d'atteindre des portées de 40, voir 50km. En tout cas, si l'on en juge par les nouvelles portées offertes aux tubes terrestres par rapport aux capacités de départ avec un obus classique. Ce n'est qu'un "calcul à esprit levé en chambre", ce qui n'est donc ni sérieux, ni fiable. 

 

Il semble néanmoins possible d'espérer d'atteindre de telles portées avec un tube plus long et les munitions associées. Ce qui est formidable, c'est que ces développements associeraient le savoir-faire de Nexter dans les munitions et les canons avec ceux de l'établissement qui a construit la tourelle de 100mm et qui connaît bien les spécificités marines (refroidissement, marinisation de la structure, cadence de tir) d'un tel matériel. Dans cette optique, ce sont les forces armées françaises qui y gagnent, tant que les coûts restent maîtrisées. La solution n'exclut pas des collaborations ponctuelles avec les Etats-Unis et la Russie. Il peut être également intéressant pour notre pays de maîtriser ces technologies qui peuvent ouvrir de nouvelles perspectives avec les PGM (Precision Guided Munition - voir l'article du Colonel Gary S. KINNE, p. 62, dans le DSI précité).

La solution d'une tourelle de 100mm revalorisée, en outre de disposer d'une base industrielle et technique de Défense existante associant industries terrestres et marines, permettrait, en outre, de poser les premières pierres pour l'avenir. Celui-ci pourrait se matérialiser par des pièces marines de 155mm, voir des trourelles triples si l'on en croît le Swordship de DCNS. Mais cet avenir pourrait être également aux canons électromagnétiques. L'US Navy aurait choisit d'abandonner (temporairement ?) cette voie, ce qui renforce l'intérêt de l'embarquement de pièces de 155mm pour les futures frégates devant remplacer les cinq frégates furtives. Pour les FREMM et les LaFayette -jusqu'en 2025 pour les 5 FLF- il y a là quelques opportunités à saisir.

 

Quelle solution serait la plus efficace sur les plans opérationnel, industriel, financier et économique ? Il y a matière à débat. Mais il est peut être encore trop tôt pour abandonner le canon de 100mm.

 

Par Le marquis de Seignelay - Publié dans : Artillerie navale - Communauté : Défense
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Père de l'aéronavale française ?

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/ba/Clement_ader%2C_1891.jpg© Wikipédia. Clément Ader en 1891.

 

"Donc, un bateau porte-avions devient indispensable.

 

Ces navires seront construits sur des plans bien différents de ceux utilisés actuellement. D'abord, le pont sera dégagé de tout obstacle : plat, le plus large possible, sans nuire aux lignes nautiques de la carène, il présentera l'aspect d'une aire d'atterrissage.


Le remisage des avions devrait être aménagé nécessairement sous le pont. On aura accès dans cet entrepont par un monte-charge assez long et large pour recevoir un avion les ailes repliées... A côté devra être l'atelier des avionneurs chargés de réparer les avaries et d'entretenir les avions toujours prêts à s'envoler".

Clément Ader, 1895, cité par l'Amiral Barjot dans son ouvrage "Vers la Marine de l'âge atomique" (1955).

Le premier porte-avions français est le Béarn : il entretra en service en 1928, et il sera le seul de sa classe de cuirassés (cinq au total) à être converti en porte-avions.

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